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Le nouveau roman de Jérôme Ferrari, publié en août 2018, peut sembler confus, trop dense et donc difficile d’accès à première vue. Il n’en est rien au contraire ; sa richesse, sa densité, le nombre de thèmes évoqués, parce que tout cela est structuré dans une composition claire et ordonnée, donnent à ce court roman de 210 pages une grande force.

Une jeune femme Antonia, photographe, s’est tuée au volant de sa voiture en revenant de Calvi ; ses obsèques ont lieu deux jours après dans l’église de son village corse. Elles sont célébrées par le prêtre qui est à la fois son oncle et son parrain et ce sont les rites de cet office religieux qui vont rythmer le roman le divisant en 12 courts chapitres correspondant à 12  moments de la célébration : Prières au bas de l’autel, Kyrie eleison, Épître, Dies irae, Offertoire, Sanctus etc.

Macau a choisi de présenter le roman à travers un de ses thèmes dominants : l’image, la photographie, sa signification, son rôle, acceptant l’idée de ne mettre en lumière que des pans du livre et non son entièreté. Adolescente Antonia est fascinée par les photos de famille : communiants, mariés, soldats que l’on trouve dans toutes les maisons. Jeune femme elle veut aller, avec son appareil photo, à la rencontre des autres, dans leurs moments de vie tout simples, dans cet inventaire minutieux qui dit des choses sur nous-mêmes. Les gens, les paysages, le passage des saisons permettent de fixer la vie. Mais le rêve d’Antonia va plus loin que fixer les images du quotidien ou les images glacées du bonheur car elle a longtemps photographié des mariés. Elle veut garder la trace de ce qui se passe dans le monde, de ce qui le déconstruit, fixer les conflits, la violence, en montrer l’horreur pour la combattre, pour qu’elle ne se répète pas. Elle part en Croatie en 1991, rencontre le sinistre Arkan et ses hommes et se posera la question que se posent tous les reporters qui foulent les sols des pays en guerre : A quoi servent ces photos ?  Une réponse est donnée par un correspondant de journal français «  Aucune photo n’a jusqu’ici provoqué aucun choc si ce n’est peut-être le choc inutile et éphémère de l’horreur ou de la compassion. Les gens s’indignent puis ils détournent le regard » Elle décide de ne pas développer les photos prises dans les Balkans écrivant à son parrain « Il y a tant de façons de se montrer obscène » en écho à la phrase de J.M.Coetzee mise en exergue du roman « Obscène parce que de telles choses ne devraient pas se produire mais obscènes aussi parce que, une fois qu’elles se sont produites elles ne devraient pas être mises à la lumière du jour… ».

Une autre phrase est mise en exergue par l’auteur. Elle est extraite du livre XX de l’Exode « Tu ne feras pas d’idole, ni aucune image de ce qui est dans les cieux ou de ce qui est sur la terre… ». A son image, qui donne le titre au roman est aussi, pour ceux qui sont de culture chrétienne, le rappel de la phrase : Dieu a créé l’homme à son image et ouvre la voie à un second thème présenté par Maguy : la présence du sacré dans les pages de Jérôme Ferrari. Le prêtre comme sa filleule Antonia refusent le péché et veulent, chacun à sa façon, y échapper. Leur vocation, sacerdotale ou photographique, est une soif d’absolu, la recherche d’un idéal que la religion ou la dénonciation de la barbarie devraient satisfaire.

La photographie, le sacré, le nationalisme, le sens de la vie ou celui que chacun veut donner à la sienne sont autant de sujets que les phrases de Jérôme Ferrari vont vous permettre d’explorer dans ce style sobre et classique qui lui a valu, en 2012, le prix Goncourt pour son ouvrage Le sermon sur la chute de Rome.

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