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C’est Laurent Gaudé qui a succédé, lors de l’animation du 13 mars à la bibliothèque, à Amélie Nothomb. Le ton était plus grave mais le charme de Salina, son dernier roman, nous a touchés. Homme de théâtre, de poésie, de reportages, nouvelliste, écrivant des livrets d’opéra pour des compositeurs contemporains Laurent Gaudé est un touche à tout mais ces errances lui réussissent puisqu’il fut deux fois couronné par le prix Goncourt : en 2004 pour Le soleil des Scorta puis par celui des lycéens pour La mort du roi Tsongor

Salina nous raconte l’histoire d’une femme. Bébé elle fut déposée aux pieds du chef d’un village écrasé de soleil par un cavalier mystérieux qui repartit dans un nuage de poussière. Face à l’immobilité des guerriers du clan des Djimba qui entourent Sissiko une femme Mamambala s’avance, prend dans ses bras l’enfant qui pleure depuis tant d’heures et la nomme «  Par le sel de ces larmes dont tu as couvert la terre je t’appelle Salina » L’histoire commence comme un conte ; son déroulement peut être lu à travers les caractéristiques de ce genre littéraire. Il y a la formule magique du début « Au tout début de sa vie » équivalente pour nous adultes du : « il était une fois… » des contes pour enfants. Il y a les personnages : le roi, la reine qu’une haine violente va dresser contre Salina, deux frères rivaux par l’amour qu’ils portent à la même femme et une jeune fille contrainte d’épouser un homme qu’elle n’aime pas. Le lieu et l’époque sont indéterminés comme si cela n’avait aucune importance puisque les histoires d’amour et de mort sont éternelles et le récit est déroulé par un récitant qui se présente ainsi : moi Malaka fils élevé dans le désert par une mère qui parlait aux pierres je vais raconter Salina la femme aux trois exils.

            Comme dans les contes philosophiques ou dans la plupart des récits initiatiques, le héros, jeune, part courir le monde et devient adulte par les aventures qu’il vit et la connaissance de soi et des autres qu’il acquiert. Nous trouvons aussi comme dans les récits mythologiques, les épopées ou les tragédies la mort et l’importance extrême apportée à la sépulture de celui qui n’est plus. Antigone, Ulysse ont bravé les interdits pour recouvrir de terre ceux qu’ils aimaient ; dans le roman Salina deux tombeaux seront élevés longuement en 7 jours pendant lesquels les rites funéraires seront accomplis. Présent dans beaucoup de contes, le personnage du fou, de celui qui est différent mais dont on écoute la parole comme si quelque divinité le protégeait, apparaît dans le roman et ses mots vont être la cause du premier exil de Salina. Associée à la mort, la côtoyant, la guerre est présente aussi dans les pages violente et cruelle comme l’est toujours son visage.

Ces mots qui tentent de parler du roman sans trop le dévoiler peuvent donner l’impression que le livre est dur, triste, puisqu’il est celui d’une colère, d’une vengeance de la femme humiliée et rejetée. C’est surtout un livre de lumière, de beauté où les phrases sont incantatoires et tissent un univers poétique dans lequel le lecteur se laisse glisser. Et puis comme tous les contes il finit bien ! Sa dernière phrase est : il sourit heureux d’avoir été pour un temps celui qui raconté.

            Souriants nous l’étions aussi à la fin de l’animation …et bavards car plusieurs interprétations différentes de procédés narratifs utilisés par Laurent Gaudé que nous avons échangées autour de la table ovale nous ont rappelé que « les livres les plus utiles sont ceux dont les lecteurs font eux-mêmes la moitié… »  (Voltaire)

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