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Parce que les lecteurs de la bibliothèque de l’UTA sont curieux de tous les genres littéraires c’est à la découverte de deux romans d’anticipation qu’ils furent conviés ce mardi 11 février.

Les voix croisées de Jeanine et Macau leur ont présenté Le meilleur des mondes d’Aldous Huxley et La servante écarlate de Margaret Atwood. Écrits respectivement en 1932 et 1985 ils présentent l’un et l’autre un monde nouveau effrayant ou tout au moins angoissant dans lequel la situation sociale et politique nie les valeurs de nos sociétés démocratiques.

Le meilleur des mondes, dont le titre français, ironique, est emprunté au conte de Voltaire Candide dans lequel le philosophe Pangloss continue à affirmer, même lorsqu’il est confronté à tous les maux de la terre, que « tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles » se passe à Londres en l’an 632 de Notre Ford. Une guerre a détruit toutes les sociétés anciennes et dans ce monde nouveau, l’État Mondial, la religion, l’histoire, la culture sont jugées totalement inutiles, sont devenues des mots vides de sens. La reproduction sexuée n’existe plus ; les être humains sont crées en laboratoire. Les fœtus évoluent dans des flacons et sont conditionnés pour devenir ce que l’on a décidé pour eux dans le rôle intellectuel ou manuel qu’ils occuperont dans la société. Celle-ci est divisée en 5 castes : deux supérieures où les gens sont grands, beaux et intelligents et vont occuper des fonctions importantes ; trois inférieures composées d’être petits, laids, presque simiesques faits pour les travaux simples voire difficiles.Il n’y a donc pas de problème liés au travail puisque est créé le nombre précis de personnes, déterminé par le service de Prédestination, pour chaque fonction de la société. Un savoir hypnopédique, enseignement dispensé pendant leur sommeil, crée en chacun la mentalité associée à sa caste. Ainsi donc la société est harmonieuse puisque les castes supérieures méprisent les inférieures tout en reconnaissant leur utilité tandis que les castes inférieures n’envient pas ceux qui sont au dessus d’eux. L’envie, la jalousie, la frustration sont des notions inconnues et s’il y avait un problème, mais il n’y a pas de problème puisque ce monde est le meilleur, le soma apporte le bonheur à tous. C’est une substance indéfiniment distribuée, qui n’a pas les effets délétères de nos drogues actuelles, qui apporte l’euphorie à tous et conforte chacun dans le rôle qu’il a et qui, donc, lui convient.

Dans ce monde nouveau la sexualité est un simple loisir ouvert à tous dès le plus jeune âge, les jeux érotiques étant des jeux comme les autres ; les relations entre adultes sont multiples et de courte durée ; elles ne créent aucun sentiment d’appartenance. Chacun appartient à tout le monde. Les femmes sont belles et éternellement jeunes, les hommes aussi. Mais même dans un monde parfait quelque chose toujours se grippe dans l’engrenage. Ici ce sera John, appelé le Sauvage, descendant des hommes anciens parqués dans des réserves derrière de hautes barrières électrifiées et que l’on a jugés inutile de « civiliser » Il aime, il pleure, il souffre, il a lu Shakespeare ; au contact de ce « nouveau monde merveilleux »(traduction du titre anglais) auquel il a rêvé mais dont l’éblouissement s’estompe très vite il connaît l’effarement puis le désespoir. Est-il le reflet de nos propres sentiments ?

La servante écarlate est un sinistre miroir déformant de la société des années 80 que Margaret Atwood a vécues à Berlin alors que le Mur séparait les deux parties de la ville et que en RDA la Stasi se proclamait Glaive et bouclier du Parti. Ces éléments historiques, les voyages faits dans la Roumanie de Ceaucescu  ainsi que les sentiments de méfiance, la peur, vont, exacerbés, être présents dans le roman qui n’est donc pas une œuvre de science-fiction mais de fiction spéculative.

Le Président et la majorité de Congrès ont été assassinés, la Constitution suspendue et les États Unis sont remplacés par la République du Gilead, théocratique, totalitaire, patriarcale, basée sur une réinterprétation toute masculine du Vieux Testament. L’ensemble de la population est privée des libertés individuelles : fumer, boire, divorcer, avorter, lire, écrire sont interdits mais ce sont, bien sûr, les femmes qui payent le plus lourd tribut. Les Servantes n’ont plus d’identité : elles sont des femmes fertiles dédiées à la reproduction, soumises à des tests de grossesse ; servantes sexuelles et ventres des couples en mal d’enfants leur nom est celui de la maison à laquelle elles appartiennent.  Le roman, qui est une forme de long monologue, emmène le lecteur par de nombreux flashbacks à travers trois périodes : le présent dans la maison du Commandant dont dépend Defred, la servante écarlate ; le passé récent pendant sa formation, sous le férule des Tantes, gardiennes du dogme, au rôle de servante sexuelle dont l’unique but est de donner un enfant au couple du Commandant ; le passé plus ancien, heureux, où elle était une jeune femme libre, aimée, épouse et mère aux USA.

Le Gilead est une société de castes, raciste, homophobe, sécuritaire et anticléricale où tous ceux qui dérangent, qui dénotent, qui n’adhèrent pas au credo officiel, qui enfreignent les règles sont pendus au sinistre mur point central de la ville. Le style est froid, fait de phrases courtes. Il ne laisse pas de place à l’émotion ou au lyrisme totalement absents de ce monde sans sentiments. Seules les couleurs semblent donner à ce livre des touches de lumière. Mais ce sont des couleurs froides, violentes. Le bleu, couleur de la Vierge, est celle des épouses infertiles. La couleur écarlate du titre du livre, celle de la robe de la servante, est celle qui dans la peinture de la Renaissance est souvent attribuée à Marie Madeleine la pécheresse.

Ce roman est-il si éloigné de la vraie vie ? Des injonctions très fortes dans nos sociétés donnent à penser que devenir mère c’est s’accomplir en tant que femme ; elles posent la question, si controversée de la GPA et nous rappellent que les avancées dans les droits accordés aux femmes sont toujours fragiles et menacées. Dans certaines villes du monde des manifestations d’opposantes à des régimes politiques autoritaires arborent une longue robe pourpre et font de ce vêtement un  symbole international de protestation féministe.

 

L’utopie de Thomas More, et le sens général que l’on donne à ce mot présente un monde parfait mais irréalisable ; les romans de Margaret Atwood et Aldous Huxley sont des dystopies, c’est à dire une utopie qui vire au cauchemar, un monde dans lequel la réalisation raisonnée et consciente d’un projet politique empêche les hommes d’être libres et heureux. Si le but de ces auteurs est de mettre en garde les lecteurs contre les conséquences néfastes et les dérives d’une idéologie présente à l ‘époque où l’œuvre est écrite, alors lire ces romans nous apporte, en plus du plaisir venu des  mots, la sagesse née de la réflexion.

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