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Il y a 100 ans le 10 novembre 1919 Marcel Proust obtenait le prix Goncourt pour son roman A l’ombre des jeunes filles en fleurs. Cette consécration et beaucoup d’autres font voir en lui l’écrivain majeur du XXéme siècle La bibliothèque de l’UTA ne pouvait laisser passer cet anniversaire sans rendre hommage à l’auteur de La Recherche du temps perdu !

Nous étions nombreux autour de la table ovale, admirateurs de Proust ou lecteurs sceptiques voire ennuyés par l’univers si particulier de l’auteur et surtout ses phrases si longues. Constituées en éblouissantes cascades de propositions subordonnées multiples qui veulent rendre intelligibles la complexité des cœurs et des comportements humains, elles charment les uns et lassent les autres ceux-là même qui attendent d’un roman une intrigue avec un début une fin et entre les deux des rebondissements qui amènent au dénouement. Les livres de Marcel Proust parlent de lui, de nous, à travers la société de son temps : le monde aristocratique des Guermantes, la bourgeoisie parvenue des Verdurin, le monde des domestiques ; ils sont l’analyse psychologique des sensations, des sentiments du narrateur ou des personnages observés, une introspection où nous retrouvons un morceau de nous mêmes, de nos émotions. Ils sont aussi une analyse souvent impitoyable de la société du début du 20éme siècle, du snobisme des aristocrates ou de la vulgarité de la bourgeoisie d’argent.

C’est à travers Un amour de Swann que nous avons rencontré l’écrivain racontant dans ce récit de 250 pages, donc très abordable, la rencontre de Charles Swann bourgeois riche, oisif, cultivé dont l’esprit et l’humour font les délices du grand monde et Odette de Crécy, jeune femme du demi monde aux mœurs relativement légères. La passion de Swann pour Odette est l’archétype de la conception proustienne de l’amour qui est nécessairement synonyme de souffrance. La naissance de l’amour est presque toujours fondée sur l’illusion, sur une image erronée que nous nous faisons de l’autre et que nous idéalisons. Swann n’a trouvé Odette belle, alors que sa beauté est très commune et que lui-même au début la jugeait assez vulgaire, que lorsqu’il découvre en elle par un jeu de lumières qui crée cet effet une ressemblance avec la Zephora de Botticelli dans une fresque de la chapelle Sixtine. Dès lors la déception est inévitable et la passion ne se survit que par les souvenirs, la jalousie ou les émotions artistiques auxquelles elle est liée. Swann a pris l’habitude de retrouver chaque soir Odette dans le salon des Verdurin et ces rendez-vous quotidiens lui permettent de feindre une certaine indifférence puisqu’il la verra le soir et la ramènera chez elle ; ce rite n’est pas encore du bonheur. Mais un soir il arrive alors qu’elle est déjà partie et nous avons après la naissance de l’amour, qui occupait les 50 premières pages du récit, sa seconde phase : la jalousie. Les sentiment se déplacent et après un premier-et léger-reproche que lui fait Swann Odette « qui a l’habitude des hommes conclut qu’il ne prononcerait pas ces mots s’il n’était pas amoureux, que du moment qu’il était amoureux il était inutile de lui obéir et qu’il ne le serait que plus après » Elle va donc vivre librement ses rencontres, ses envies et jouer de cet amour dont elle apprécie les largesses financières. Tout est souffrance pour Swann : la présence d’Odette pour laquelle il comprend qu’il n’est plus important, ses absences, ses mensonges « et sous tous les souvenirs les plus doux, sous les paroles les plus simples qu’il avait crues comme paroles d’Évangile, sous les actions quotidiennes qu’elle lui avait racontées il sentait s’insinuer la présence possible et souterraine de mensonges qui lui rendaient ignobles ce qu’il avait eu de plus cher » Quelques années passent 3, 4 ? puis apparaît la troisième phase l’oubli. « Il regardait mourir leur amour » Swann recommence à croire à l’existence d’une vie heureuse sans elle, aux joies qu’il avait délaissées que lui apporte l’art, la musique, la peinture, les conversations raffinées des cercles mondains dont l’esprit brillant l’éblouit ou l’amuse et les derniers mots du roman sont un condensé de désillusion, de constat désenchanté et d’humour : « Il s’écria en lui-même : dire que j’ai gâché des années de ma vie, que j’ai voulu mourir, que j’ai eu mon plus grand amour pour une femme qui ne plaisait pas, qui n’était pas mon genre »

Même si vous connaissez le dénouement les pages de Un amour de Swann vous apporteront des plaisirs multiples : l’analyse minutieuse des intermittences du cœur, la peinture assassine et drôle d’un monde disparu mais auquel le nôtre ressemble tellement et souvent l’impression que c’est de nous que Marcel Proust parle. Alors lisez-le pour l’écouter parler de vous !

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