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Après la séance Coup de griffe, coup de cœur du mois d’octobre l’animation de ce mois de novembre nous a fait entrer dans l’univers de Sorj Chalandon à travers ses deux derniers romans Le jour d’avant et Une joie féroce.

Sorj Chalandon, de son vrai prénom Georges, est né à Tunis en 1952. Grand reporter ayant travaillé pour le journal Libération ses articles sur la guerre du Liban et les émeutes en Irlande du Nord lui ont valu le prestigieux prix Albert Londres. Il a couvert le procès Barbie et tient aujourd’hui une rubrique dans Le Canard Enchaîné. Romancier à succès il a été couronné en 2013 par le Goncourt des Lycéens pour son roman Le quatrième mur.

Le jour d’avant publié en 2017 a pour point de départ la catastrophe minière du 27 décembre 1974 où un coup de grisou causa la mort de 42 mineurs à Lièvin-Lens dans le bassin minier du Pas de Calais. C’est par le biais de la fiction que plus de 40 ans après Sorj Chalandon leur rend hommage laissant transparaître sa colère et sa tristesse que, en tant que journaliste couvrant l’événement, il ne pouvait exprimer. L’intrigue met en scène dans le premier chapitre un jeune adolescent Michel Flavent, fasciné par son grand frère Joseph mineur qui va le lendemain matin descendre dans la fosse. Nous sommes le 26 décembre 1974 la veille de la catastrophe. Les chapitres suivants seront beaucoup plus tardifs et nous emmèneront au cours des années 2014/15/16. Michel sous une fausse identité revient à Lièvin pour accomplir sa vengeance et tuer Lucien Dravelle, maître porion lors de la catastrophe et qu’il rend responsable de la mort des mineurs : l’analyse des faits montrera que les consignes de sécurité n’ont pas été respectées, que le temps qui leur était accordé a sans cesse diminué au profit de celui qui consiste à creuser des galeries et donc à extraire du charbon. Le roman est à la fois un hommage rendu au travail des mineurs, aux conditions de vie extrêmement difficiles qu’ils connaissaient, à leurs souffrances et à celle de leurs familles. Mais il est aussi un roman policier qui, dans ce contexte pourtant connue d’une tragédie réelle dont tout le monde peut avoir accès à tous les détails, propose un rebondissement de l’action, un coup de théâtre auquel bien sûr le lecteur ne s’attend pas.

Ce livre dédié à tous les mineurs envoyés à la mort pour le culte du profit, à toutes les victimes d’injustices est un roman sombre par son décor, par le charbon omniprésent, par les fosses, par le personnage de Michel qui sourit si peu ; mais il est aussi un  livre lumineux par la fraternité des hommes, par l’amour et la fierté du travail, par les mots choisis par  Sorj Chalandon qui créent la beauté et la force du récit.

A ce roman d’hommes dans le noir s’oppose Une joie féroce paru en août 2018 qui met en scène 4 femmes lumineuses dont les aventures sont décrites dès la première page sous le titre Une vraie connerie. C’est l’histoire de 4 femmes ; « elles se sont aventurées jusqu’au plus obscur, au plus dangereux, au plus dément. Ensemble elles ont détruit le pavillon des cancéreux pour élever une joyeuse citadelle » écrit Jeanne dans son carnet bleu. Jeanne, Brigitte, Assia et Melody sont, dira l’auteur, formidables plus vivantes malgré leur maladie que ne le sont certains vivants. Jeanne et Brigitte se rencontrent dans la salle d’attente d’un cancérologue et c’est pour Jeanne, pour qui un banal contrôle de mammographie a basculé par les mots du médecin: il y a quelque chose, la main tendue, la force, le sourire qui vont la sauver. Elles vont toutes les quatre habiter ensemble, faire face à la maladie, aux transformations du corps, aux séances de chimiothérapie, à la fatigue, à la tristesse. La sororité, la gaîté, fut-elle parfois forcée, va être un contrepoint à leurs blessures : les hommes qui sont partis, qu’elles n’ont pas su retenir, qui n’ont jamais été là ou peut-être plus simplement des hommes qui étaient un mauvais choix. Les blessures d’enfant, celles qui sont le plus difficiles, qui s’appellent Jules, Eva ou absence. Ce sont des femmes qui vont se battre. Est-ce parce que ce sont les mots de son épouse dits au début de l’année 2018 alors qu’elle vient d’apprendre qu’elle a un cancer : « je suis en guerre » ? Mais le livre n’est pas un livre de larmes. Il a des rebondissement inattendus comme tout bon roman et nous y croiserons des personnages secondaires extravagants ou tout simplement romanesques : un policier breton au grand cœur qui aime boire et qui dit souvent que les mouettes sont à pied sec, une ancienne détenue arménienne qui a épousé un maffieux converti et receleur de bijoux volés … Le roman est donc à la fois une tragédie et une comédie ce que traduit l’oxymore du titre Une joie féroce extrait du carnet de Jeanne : « depuis que je vivais chez les filles je ne pleurnichais plus, j’avais une joie féroce. »

Alors enlevons l’adjectif féroce et laissons-nous aller simplement à la joie de lire ce roman.

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