Rentrée littéraire à la bibliothèque
Comme tous les ans au mois d'octobre la bibliothèque bruisse des paroles des adhérentes heureuses de se retrouver, de parler de livres qu'elles ont aimés ou d'écouter celles qui vont les emmener en voyage par la magie des mots.
Faty, traditionnellement, ouvre la séance et de sa voix joyeuse nous a parlé d'amitié, celle d'Albert Camus et de Louis Guilloux, l'auteur du roman Le sang noir que Sophie Le Bihan évoque dans L'ami Louis. Ils ont en commun Saint Brieuc, la ville où naquit et vécut Guilloux et où fut enterré en 1914 le père d'Albert Camus que l'écrivain connut à peine puisque il avait moins d'un an quand celui-ci mourut. Le roman est une traversée littéraire du siècle et la mise en valeur de ce qui furent les thèmes dominants de la vie et de l’œuvre des deux auteurs : l'hommage rendu aux petites gens, leur sensibilité face aux plus démunis, leur engagement politique. Mais c'est aussi la joie, la densité de la vie, ses allers retours de l'espoir au désespoir qui traversent le roman.
Anne Marie B. nous emmène aux abords de Stockholm dans L'île de Yule de Johanna Gustawsson. Experte en art Emma Lindahl doit procéder à l'inventaire des biens d'une des plus riches familles de l'île. Mais la famille a une réputation sulfureuse depuis la mort violente d'une adolescente dans la propriété. Une autre mort va lui faire écho des années après. Cependant le roman n'est pas qu'un thriller ; il est aussi la description des saisons, de la mer, des bateaux aux horaires qui rythment la vie, des légendes du pays.
Dominique avec fougue et vitesse nous fait découvrir Zola à bicyclette écrit par Jean Paul Vespini. Le romancier s'est empâté un peu au fil des années et la bicyclette sera un excellent exercice physique ainsi qu'un moyen d'aller rapidement voir Jeanne l'ancienne lingère de Madame Zola dont il s'est épris et qui lui a donné deux enfants. En pédalant l'écrivain dépasse ses tourments amoureux et la bicyclette va rapidement s'installer dans sa vie dès l'année 1893 ; comme d'autres écrivains et artistes il va tomber sous le charme du vélo et s'offre le dernier modèle. Il y voit aussi un moyen d'émancipation pour la femme dont la mode va suivre cet engouement en créant la jupe culotte.
Ann Marie S. nous entraîne dans les paysages de l'Atlantique Nord entre l'Islande et la Norvège dans cet archipel qui appartient au Danemark en présentant L'enfant du vent des Féroé d'Aurélien Gautherie. C'est un roman choral où les narrateurs sont à tour de rôle les trois personnages principaux, le village au nom imprononçable, c'est d'ailleurs lui qui ouvre le roman , le vent et des objets : un bonnet, les seuils..A ces points de vue différents correspondent aussi des époques différentes : 1903, 1953 et aujourd'hui. Un drame familial s'est joué autour d'Anne un bébé chétif qui ne vivra pas et du père Jonas qui est pêcheur. C'est un étranger de passage à qui des années plus tard les différents narrateurs vont raconter l'histoire ; et puisque les hommes se taisent ce seront donc les vents et les choses qui vont parler.
Macau, loin de la controverse, de la polémique qui a secoué le monde littéraire après les accusations faites à Thélyson Orélien d'avoir écrit son roman avec l'aide massive de l'Intelligence Artificielle, après son retrait de la sélection du prix Goncourt a eu envie de parler de C'était ça ou mourir. Lu avant que les soupçons ne naissent elle avait beaucoup aimé ce livre où le narrateur, Jonas Dorléon, 29 ans, professeur d'histoire, quitte Haïti dévasté par la violence des gangs et par un périple qui lui fait traverser 14 pays arrive au Canada son pays d'accueil, sa patrie de cœur. Le roman présente le voyage d'un migrant ; il le définit non comme un trajet mais comme un retranchement où chaque étape enlève quelque chose, comme une dépossession, une lente érosion de soi. Les humiliations, la faim, les souffrances physiques, tout ce qui le dépossède de son identité sont dits par des mots, des images, des métaphores qui créent souvent la beauté, l'émotion.
Jeanine choisit l'originalité d'un roman qui est à la fois un roman graphique, une BD puisque l'auteur Catherine Meurisse, se nomme bédéiste, en nous parlant de Le clan de Walden. Inspiré du texte littéraire de Henri David Thoreau, né en 1817, il parle de thèmes actuels, d'un environnement en crise, du désir qu'il eut de vivre loin de la société capitaliste en construisant une cabane au bord de l'étang de Walden. Ici les animaux parlent, le loup, le renard peu farouches apprennent à l'homme comment vivre et s'occuper de ce lieu sans l'abîmer. Les aquarelles aux couleurs joyeuses et tendres participent, elles aussi, de cet hymne à la nature.
Comme toujours le charme des mots, des phrases, les personnages romantiques ou tragiques, les narrations réalistes ou un tantinet poétiques nous ont emmenées dans des voyages imaginaires dont l'on dit parfois que ce sont les plus beaux